Il y a quatre-vingts ans, deux bombes atomiques ont été utilisées contre des populations civiles au Japon. L’uranium pour ces bombes a été extrait à Port Radium, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Congo belge et raffiné à Port Hope, en Ontario.
Pendant vingt ans après la guerre, le Canada a contribué à l’accumulation de dizaines de milliers d’armes nucléaires aux États-Unis durant la guerre froide grâce à des ventes massives d’uranium en provenance de la Saskatchewan et de l’Ontario, combinées à des ventes de plutonium provenant des laboratoires nucléaires de Chalk River en amont d’Ottawa. Ces ventes militaires ont pris fin en 1965 lorsque le premier ministre Pearson les a arrêtées.
Néanmoins, en 1974, l’Inde a fait exploser sa première bombe atomique à l’aide de plutonium créé dans un réacteur de recherche canadien, cadeau offert à l’Inde dans le cadre des efforts du Canada pour créer un marché d’exportation nucléaire.
Aujourd’hui, le Canada propose de développer et d’exporter des réacteurs nucléaires susceptibles de proliférer. Cet élan est basé sur la croyance douteuse qu’il n’y a pas de chemin vers la décarbonation sans l’énergie nucléaire – un trope des relations publiques de l’industrie nucléaire en difficulté. Non seulement l’énergie renouvelable est moins chère, plus rapide à déployer et à rentabiliser, mais les réacteurs nucléaires ne peuvent pas être facilement refroidis dans un monde en réchauffement.
La part de marché de l’énergie nucléaire diminue régulièrement depuis 30 ans. De nombreux analystes ont conclu que l’énergie nucléaire est trop lente, trop coûteuse et trop lourde de conséquences pour faire face à l’urgence climatique.
Certaines technologies nucléaires « avancées » offrent un accès plus immédiat aux matériaux nucléaires utilisables pour les armes. C’est le cas des réacteurs qui reposent sur la récupération et la réutilisation du plutonium, comme les projets Moltex et ARC proposés pour le Nouveau-Brunswick. D’autres nécessitent des niveaux dangereux d’enrichissement en uranium, comme le réacteur eVinci proposé pour la Saskatchewan.
Regardons avant de sauter. Ne sautons pas de la poêle en carbone dans une tempête nucléaire.